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1. Le Comité a examiné le rapport initial du Liban
(CRC/C/8/Add.23) à ses 289ème, 290ème et 291ème
séances (CRC/C/SR.289 à 291), tenues les 20 et 21 mai 1996, et a
adopté A sa 314ème séance, le 7 juin 1996. les
observations finales ci-après :
A. Introduction
2. Le Comité se félicite de la présentation du
rapport initial du Liban et du dialogue qu'il a eu avec l'Etat partie. Il
remercie la délégation pour les informations
supplémentaires qu'elle lui a communiquées par écrit mais
regrette que l'Etat partie n'ait pas répondu par écrit à
la liste des points qu'il lui a adressée.
B. Facteurs et
difficultés entravant l'application de la Convention
3. Le
Comité prend note des graves difficultés dans lesquelles se
trouve le Liban à la suite de presque 20 ans de guerre et du fait de
l'intervention étrangère, à l'origine de la destruction
massive de son infrastructure et de ses ouvrages publics. Il prend note
également des difficultés tenant au fait que le Liban a accueilli
un grand nombre de réfugiés pendant plusieurs décennies.
Il prend note aussi de l'insuffisance de l'aide fournie par la
communauté internationale pour faire face aux problèmes
susmentionnés et faciliter la reconstruction effective des
infrastructures et la remise sur pied des services sociaux.
C.
Aspects positifs
4. Le Comité se félicite de la
création d'un Conseil supérieur pour l'enfance,
géré par le Ministère des affaires sociales, qui sert
d'organe intermédiaire indépendant entre les ministères
compétents et les organisations non gouvernementales et est
chargé de mettre au point et de coordonner les programmes et les
politiques. Il se félicite aussi que le Conseil supérieur ait
décidé d'entreprendre une étude sur la situation de la
législation au Liban au regard de la Convention relative aux droits de
l'enfant, qui, à son avis, pourrait être une étape
importante pour la mise au point d'une approche plus complète en ce qui
concerne l'application de la Convention.
5. Le Comité se
félicite également de la création du Comité
parlementaire pour la protection de l'enfance et du Comité national des
handicapés, qui pourraient tous deux jouer un rôle important dans
la mise en oeuvre des principes et dispositions de la Convention relative aux
droits de l'enfant.
6. Le Comité prend note avec satisfaction
de la décision tendant à instaurer un système
d'inspections sanitaires dans les écoles et les établissements
préscolaires.
7. Il se félicite de l'adoption, en
septembre 1995, d'un plan national d'action pour la survie, la protection et le
développement de l'enfant au Liban, axé sur les programmes en
matière de santé et d'éducation.
8. Le
Comité a été heureux d'apprendre de la part de la
délégation que l'infamante mention "illégitime" serait
supprimée et ne figurerait plus ni sur les cartes d'identité, ni
sur le registre des naissances ni sur aucun autre document officiel.
9. Le Comité se félicite de l'organisation de tables rondes et de
cours de formation, en collaboration, pour certains, avec l'UNICEF,
destinés à former des enseignants; il se félicite aussi
des programmes de formation dans le domaine des droits de l'enfant,
élaborés à l'intention de la police, des travailleurs
sociaux et d'autres groupes professionnels. Il prend note avec satisfaction de
l'accord qui a été conclu entre l'Etat partie et le PNUD, en
vertu duquel des statistiques seront établies, portant sur 7 000
familles représentant les différentes régions du Liban,
concernant des questions sociales telles que l'éducation,
l'analphabétisme, le chômage et le travail des enfants. Il se
félicite également de l'étude qu'il est prévu
d'entreprendre sur la santé des mères et des enfants et attend
avec intérêt de recevoir un exemplaire des résultats des
deux études lorsqu'elles seront achevées.
D.
Principaux sujets de préoccupation
10. Le Comité
est préoccupé par l'insuffisance des mesures adoptées pour
mettre en place un mécanisme de coordination et de suivi permanent et
efficace, chargé de veiller à l'application de la Convention
relative aux droits de l'enfant. Il note également l'insuffisance des
mesures visant à rassembler systématiquement des données
quantitatives et qualitatives fiables sur tous les secteurs sur lesquels porte
la Convention et pour toutes les catégories d'enfants, pour
évaluer les progrès réalisés et l'impact sur les
enfants des politiques adoptées, notamment dans les domaines de
l'éducation, de la santé, de la justice pour mineurs et des
enfants handicapés.
11. Le Comité est
préoccupé par l'insuffisance des mesures prises pour faire
largement connaître des enfants et des adultes les principes et les
dispositions de la Convention.
12. En ce qui concerne l'application de
l'article 4 de la Convention, le Comité note avec préoccupation
l'insuffisance des mesures prises pour garantir la mise en oeuvre des droits
économiques, sociaux et culturels des enfants, dans toutes les limites
des ressources disponibles. Il est préoccupé également par
l'insuffisance des ressources allouées aux projets de
développement humain et par l'écart qui est en train
d'apparaître entre ceux qui ont les moyens d'accéder à
l'éducation et aux soins médicaux privés et les
autres.
13. Le Comité note qu'en dépit du fait que les
dispositions des traités internationaux auxquels le Liban est partie
l'emportent sur la législation nationale, des lois incompatibles avec
les dispositions de la Convention relative aux droits de l'enfant et d'autres
traités internationaux sont toujours en vigueur.
14. Le
Comité est également préoccupé de constater que les
principes fondamentaux de la Convention, en particulier les dispositions des
articles 2, 3 et 12, n'ont pas été suffisamment pris en compte
dans la législation, les politiques et les programmes.
15. Il
est préoccupé par la discrimination qui existe apparemment en ce
qui concerne l'octroi de la nationalité à un enfant dont les
parents sont de nationalité différente; l'enfant ne peut obtenir
la nationalité libanaise que par son père et non par sa
mère et, dans le cas où ses parents ne sont pas mariés, il
ne peut l'obtenir que si son père le reconnaît.
16. Le
Comité est préoccupé par le fait que les mariages
précoces sont une pratique courante, et qu'ils entraînent des taux
de mortalité infantile élevés et des problèmes de
santé pour les jeunes filles qui ont des enfants à un âge
précoce. Il est également préoccupé par les
mariages consanguins.
17. Le Comité constate avec
préoccupation que la fourniture des services sociaux semble être
concentrée à Beyrouth, ce qui est un inconvénient pour la
population qui vit en dehors de la capitale. Il note aussi l'insuffisance,
semble-t-il, du nombre de travailleurs sociaux.
18. Le Comité
constate la nécessité de poursuivre la réforme du
système scolaire pour améliorer la qualité de
l'éducation et éviter les abandons scolaires. Il semble y avoir
des besoins particuliers en ce qui concerne l'éducation en
matière de santé et, ainsi que l'a reconnu la
délégation, l'enseignement portant sur les valeurs et
l'environnement.
19. Le Comité note qu'il serait
nécessaire de poursuivre la réforme de la justice pour mineurs et
du traitement des jeunes délinquants pour que soient pleinement
appliqués les articles 37, 39 et 40 de la Convention. Il semble y avoir
des problèmes liés à la précocité de la
responsabilité pénale, à la non-séparation des
enfants des détenus adultes, au manque de structures sanitaires et
pédagogiques pour les jeunes détenus, à l'existence et
à la durée de la détention provisoire et à
l'absence d'aide judiciaire.
20. Le Comité juge
inquiétantes les informations selon lesquelles des enfants travaillent
dans la rue ou comme domestiques, y compris des enfants de nationalité
étrangère.
21. Le Comité note que des efforts
particuliers devraient être faits pour protéger les droits des
enfants se trouvant dans des circonstances particulièrement difficiles,
y compris les enfants abandonnés et les enfants apatrides.
D.
Suggestions et recommandations
22. Tout en se félicitant
de la création du Conseil supérieur pour l'enfance, le
Comité recommande au Gouvernement libanais de passer en revue les
diverses structures administratives centrales et locales pour assurer une
coordination efficace des politiques et programmes qui touchent aux droits et
à la protection de l'enfant.
23. Le Comité se
félicite de l'initiative lancée en vue d'examiner à fond
la législation à la lumière des principes et des normes
énoncés dans la Convention relative aux droits de l'enfant. A cet
égard, il recommande de réviser l'âge minimum auquel les
enfants se voient reconnaître la responsabilité pénale,
peuvent contracter mariage et être admis à l'emploi.
24.
Le Comité recommande de mettre au point un mécanisme
pluridisciplinaire permanent pour coordonner et contrôler l'application
de la Convention, au niveau tant national que local, dans les zones urbaines et
rurales. Il encourage l'Etat partie à envisager plus sérieusement
d'instituer une charge de médiateur pour les enfants ou tout autre
mécanisme indépendant équivalent pour l'examen des
plaintes et le suivi. Il invite aussi à promouvoir une
coopération plus étroite à cet effet avec les
organisations non gouvernementales libanaises, auxquelles il adresse ses
félicitations pour le travail remarquable qu'elles réalisent dans
le domaine des droits de l'enfant.
25. Le Comité recommande
à l'Etat partie de prendre des mesures supplémentaires pour
définir des indicateurs sociaux propres à l'enfant et
élaborer des moyens de rassembler systématiquement et en
permanence des données pour comparer plus facilement les progrès
accomplis dans la mise en oeuvre, au cours d'une période donnée,
des initiatives prises en faveur des enfants.
26. Le Comité
recommande au gouvernement de redoubler d'efforts pour promouvoir les actions
en faveur de la cause des enfants et sensibiliser l'opinion aux principes et
aux dispositions de la Convention à la lumière de l'article 42 en
les lui faisant mieux connaître. Dans l'esprit de la Décennie des
Nations Unies pour l'éducation dans le domaine des droits de l'homme, le
Comité encourage aussi le gouvernement à envisager d'incorporer
les droits de l'enfant dans les programmes scolaires. Il lui suggère par
ailleurs de lancer des campagnes auprès du public pour s'attaquer
efficacement au problème des comportements discriminatoires persistants,
en particulier à l'encontre des filles.
27. Le Comité
recommande l'adoption de programmes supplémentaires pour former les
personnels en relation avec des enfants, comme les travailleurs sociaux, les
policiers, les agents de la santé publique, le personnel judiciaire.
28. Le Comité encourage le gouvernement à poursuivre ses
efforts pour faire en sorte que la législation nationale respecte
pleinement les principes et les dispositions de la Convention, y compris en ce
qui concerne la non-discrimination (art. 2), l'intérêt
supérieur de l'enfant (art. 3) et le respect des opinions de l'enfant
(art. 12). A la lumière des articles 2 et 3, le Comité recommande
vivement l'adoption de mesures législatives tendant à garantir le
respect des droits des filles, en vue surtout de prévenir le mariage
précoce.
29. Le Comité recommande à l'Etat partie
de faire en sorte que plus que jamais dans le budget de la nation la
priorité soit généralement donnée aux programmes en
faveur des enfants, conformément à l'article 4 de la
Convention.
30. Se référant au rôle croissant des
établissements d'enseignement et de santé privés, le
Comité recommande au gouvernement de mettre davantage l'accent sur
l'enseignement public et le système de protection sociale afin que tous
les enfants qui relèvent de la juridiction de l'Etat partie jouissent de
ces droits fondamentaux, ainsi que pour prévenir tout risque de
discrimination.
31. Le Comité recommande l'élaboration
d'une politique sociale plus intégrée qui tende notamment
à l'application du Plan national d'action pour la survie, la protection
et le développement de l'enfant. Une telle politique soulignerait
l'importance du développement humain. Le Comité recommande que de
nouvelles mesures soient prises pour décentraliser les services sociaux
de façon à ce que les enfants qui n'habitent pas la capitale
puissent accéder ouvertement et facilement aux services sociaux
essentiels et à l'éducation.
32. Le Comité se
félicite des mesures prises pour réformer le système
scolaire et améliorer la qualité de l'éducation, y compris
de la révision en profondeur des programmes scolaires. Il recommande que
des mesures soient prises pour mettre pleinement en oeuvre les dispositions de
la Convention relatives à l'instruction primaire gratuite et obligatoire
pour tous les enfants.
33. Vu les principes énoncés au
paragraphe 1 d) de l'article 29 de la Convention, qui stipule que
l'éducation de l'enfant doit viser à "préparer l'enfant
à assumer les responsabilités de la vie dans une
société libre, dans un esprit de compréhension, de paix,
de tolérance, d'égalité entre les sexes et d'amitié
entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec
les personnes d'origine autochtone", l'enseignement des valeurs compte parmi
les dimensions importantes de l'éducation et devrait figurer dans les
programmes scolaires à tous les niveaux. Il faudrait réviser en
conséquence le matériel pédagogique.
34. Le
Comité recommande de donner suite à l'interdiction de la
commercialisation du lait pour nourrissons et de promouvoir l'allaitement au
sein parmi les mères dans les établissements de santé. Il
suggère aussi qu'une carte d'assurance maladie soit
délivrée aux enfants dont les parents n'ont pas droit à
des prestations de sécurité sociale.
35. Le
Comité suggère à l'Etat partie d'entreprendre une
étude approfondie des conséquences du principe de
l'"intérêt supérieur de l'enfant" au regard de la loi et de
son application ainsi que des pratiques administratives dans tous les domaines
pertinents.
36. De l'avis du Comité, il est indispensable
d'assurer aux enfants des possibilités de développement culturel;
aussi recommande-t-il que le nécessaire soit fait pour permettre aux
enfants d'accéder à la littérature et aux médias
pour enfants. Il faudrait envisager dans l'aménagement des villes la
possibilité de concevoir des terrains de jeu et des parcs où les
enfants puissent s'ébattre.
37. Le Comité se
félicite de la politique consistant à ne pas autoriser les
châtiments corporels dans les écoles ou autres institutions
officielles et recommande aux autorités de se pencher de près sur
le problème de la violence au sein des familles, y compris sur la
possibilité d'adopter une législation plus stricte pour lutter
contre toutes les formes de sévices dont les enfants peuvent être
victimes, dans l'esprit de l'article 19 de la Convention, législation
qui s'accompagnerait de mesures sociales d'aide aux familles en crise.
38. Le Comité recommande au gouvernement de redoubler d'efforts pour
diffuser des informations sur les risques des mariages consanguins, y compris
par les médias et des programmes d'éducation sanitaire.
39. Le Comité suggère l'élaboration de programmes
spéciaux en faveur des enfants handicapés en vue de
définir leurs besoins aux plans social, psychologique, physique et
autre, et d'éduquer leurs parents quant aux moyens de s'occuper d'eux.
Il faudrait consentir de nouveaux efforts pour encourager les écoles
à faire en sorte que ces enfants participent à toutes les
activités.
40. Le Comité suggère à l'Etat
partie, en coopération avec l'UNRWA, de chercher des moyens de
s'attaquer aux problèmes économiques et sociaux des
réfugiés palestiniens dont pâtissent les enfants.
41. Le Comité recommande à l'Etat partie d'envisager de ratifier
la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son
Protocole de 1967.
42. Le Comité recommande à l'Etat
partie d'envisager sérieusement d'insister davantage sur le
rétablissement psychosocial et la réadaptation des "victimes
passives" de la violence et du conflit armé qu'a connus le Liban.
43. Le Comité recommande qu'à la lumière de l'article
32 de la Convention relative aux droits de l'enfant le gouvernement prenne de
nouvelles mesures pour protéger les enfants des travaux dangereux, y
compris en adoptant des dispositions législatives plus strictes, en
ratifiant toutes les conventions pertinentes de l'OIT et en nommant des
inspecteurs du travail des enfants en nombre suffisant.
44. Le
Comité recommande à l'Etat partie d'envisager d'entreprendre une
réforme en profondeur du système de la justice pour mineurs dans
l'esprit de la Convention, en particulier de ses articles 37, 39 et 40, et des
normes des Nations Unies pertinentes dans ce domaine, telles que les
"Règles de Beijing", les "Principes directeurs de Riyad" et les
Règles des Nations Unies pour la protection des mineurs privés de
liberté. Il faudrait prêter une attention particulière
à l'idée de ne recourir à la privation de liberté
qu'en dernier ressort et pour le laps de temps le plus court possible, à
la protection des droits des enfants privés de liberté, aux
garanties d'une procédure régulière et à
l'indépendance et l'impartialité absolues du personnel
judiciaire. Des programmes de formation consacrés aux normes
internationales pertinentes devraient être organisés à
l'intention de toutes les personnes dont la profession relève du
système d'administration de la justice pour mineurs. Le Comité
aimerait suggérer au Gouvernement libanais d'envisager de demander de
l'aide au niveau international en matière d'administration de la justice
pour mineurs, en s'adressant au Centre pour les droits de l'homme et à
la Division de la prévention du crime et de la justice pénale
(à Vienne).
45. Le Comité recommande aux institutions et
organismes internationaux compétents, ainsi qu'aux autres gouvernements,
de développer leur coopération avec les autorités et les
organisations bénévoles libanaises dans le cadre de l'effort de
reconstruction entrepris après tant d'années d'une guerre
dévastatrice. Une place prioritaire devrait être accordée
dans cette coopération internationale aux personnes
déplacées et aux réfugiés.
46. Le
Comité recommande à l'Etat partie d'assurer la plus large
diffusion possible, à l'intérieur du pays, à son rapport,
aux comptes rendus analytiques des séances consacrées à
l'examen dudit rapport et aux observations finales du Comité.